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Syrie : le carrefour des guerres en Ukraine et au Moyen-Orient

Le conflit syrien, qui semblait s’être stabilisé sur un fragile équilibre ces dernières années, a soudainement repris avec l’offensive jihadiste lancée dans le nord du pays le 27 novembre. Cette attaque, menée par le groupe Hayat Tahrir al-Sham (HTS), a ravivé non seulement les dynamiques locales, mais aussi les interactions géopolitiques complexes reliant la Syrie aux conflits en Ukraine et au Moyen-Orient. La situation actuelle met en lumière un dangereux enchevêtrement entre les ambitions régionales de la Turquie, les stratégies globales des États-Unis et de la Russie, et le rôle émergent d’acteurs secondaires comme l’Ukraine.

L’offensive jihadiste : dimensions et implications sur le terrain

Hayat Tahrir al-Sham, évolution du Front al-Nosra lié à al-Qaïda, a orchestré une offensive éclair qui a permis de conquérir des zones clés dans les provinces d’Idlib, d’Alep et de Hama. En moins d’une semaine, les jihadistes ont pris le contrôle de dizaines de villages, de l’aéroport d’Abu Dhuhur et de larges parties de la ville d’Alep, provoquant la fuite de milliers de civils kurdes vers l’est. Cette avancée met en évidence l’affaiblissement des forces gouvernementales syriennes, déjà éprouvées par le retrait des milices du Hezbollah, rappelées au Liban à la suite des récentes tensions avec Israël.

Les Forces démocratiques syriennes (FDS), coalition dominée par les Kurdes et soutenue par les États-Unis, ont dû faire face à une crise humanitaire et militaire, évacuant plus de 200 000 civils des zones contestées. Mazloum Abdi, commandant des FDS, a dénoncé les attaques coordonnées des milices pro-turques, qui ont bloqué les corridors humanitaires et intensifié leurs opérations militaires contre les Kurdes, perçus historiquement comme une menace par Ankara.

Une alliance jihadiste internationale

La composition des forces jihadistes révèle un niveau de coordination transnationale qui dépasse le contexte syrien. Des combattants ouzbeks, tchétchènes et kirghizes, déjà actifs dans le conflit syrien avant d’être transférés en Ukraine, sont revenus en Syrie avec de nouvelles compétences tactiques. Ces combattants ont utilisé des drones kamikazes et des stratégies de guerre psychologique via les réseaux sociaux, des tactiques rappelant celles des forces ukrainiennes contre la Russie.

Selon des sources russes et kurdes, les services de renseignement militaire ukrainiens (GUR) auraient fourni des drones et un soutien opérationnel aux rebelles jihadistes. Des rapports kurdes et turcs indiquent des rencontres entre les dirigeants de HTS et des délégués ukrainiens pour la livraison d’armes, notamment 75 drones destinés à frapper des cibles russes en Syrie.

La Turquie : un jeu ambigu

La Turquie se trouve au centre de cette crise, oscillant entre un soutien tacite aux jihadistes et la préservation de son contrôle régional. Recep Tayyip Erdoğan, qui a toujours considéré la présence kurde comme une menace existentielle, semble exploiter l’offensive jihadiste pour consolider sa domination dans les zones nord de la Syrie, créant une zone tampon qui pourrait être utilisée pour rapatrier les réfugiés syriens. Dans le même temps, Ankara a maintenu des relations avec Israël, un allié non déclaré à ce stade du conflit, uni par l’objectif commun de réduire l’influence iranienne et kurde dans la région.

Les États-Unis et le calcul géopolitique

L’administration Biden, en période de transition politique, pourrait avoir joué un rôle clé dans l’allumage de cette nouvelle phase du conflit syrien. Le timing de l’offensive jihadiste, peu après la victoire de Donald Trump, suggère une tentative de créer de nouvelles difficultés pour Moscou et Téhéran. Les États-Unis maintiennent une présence militaire significative dans l’est de la Syrie, contrôlant les ressources pétrolières et entravant la reconstruction du pays.

Les frappes aériennes américaines contre des positions pro-iraniennes à Deir Ezzor semblent viser non seulement à protéger les bases américaines, mais aussi à affaiblir la continuité territoriale entre l’Iran, la Syrie et le Liban, un élément central pour le soutien au Hezbollah.

La Russie et l’Iran : entre soutien et défense

Moscou, bien que focalisé sur le conflit ukrainien, a intensifié les frappes aériennes en Syrie pour soutenir l’armée de Bachar al-Assad. Cependant, le Kremlin est confronté à un dilemme stratégique : concentrer ses ressources en Ukraine ou intervenir plus vigoureusement en Syrie. L’Iran, de son côté, envisage d’envoyer davantage de pasdarans pour renforcer les lignes gouvernementales, mais risque ainsi de provoquer de nouvelles tensions avec Israël.

Un carrefour géopolitique mondial

Le conflit syrien est désormais un nœud crucial reliant les ambitions régionales de la Turquie, les calculs géopolitiques des États-Unis et les nécessités stratégiques de la Russie et de l’Iran. Ce chevauchement d’intérêts risque de transformer la Syrie en un champ de bataille permanent, avec des répercussions s’étendant de l’Europe de l’Est au Moyen-Orient.

Les forces jihadistes, soutenues par des acteurs étatiques et non étatiques, pourraient servir d’outil pour déstabiliser encore davantage la région, tandis que la fragmentation géopolitique croissante menace d’alimenter de nouvelles guerres par procuration.

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