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Lenin e Hitler, i due volti del totalitarismo

LUCIANO PELLICANI

In “Lenin e Hitler, i due volti del totalitarismo”, Luciano Pellicani soutient que le nazisme et le communisme, bien qu’ils proposent l’un un idéal pervers (la domination d’une race sur les races inférieures) et l’autre un idéal “généreux” (rendre les hommes frères), ont provoqué les mêmes horreurs, les mêmes décombres et des millions de morts. Le communisme, bien avant le nazisme, aurait pratiqué une idéologie “pantoclastique”, une “lutte d’anéantissement sans égards” (Engels, Le panslavisme démocratique). Selon l’historien italien, tant pour le communisme que pour le nazisme, on peut parler d’une “révolution du nihilisme” caractérisée par l’idée selon laquelle “tout ce qui existe est digne de mourir” et visant, comme le nota également Arendt, à renverser l’existant dans sa totalité. S’inspirant de Nolte, Pellicani croit que les deux totalitarismes ont conduit l’Europe à “une guerre civile idéologique”. La mission principale du totalitarisme serait celle d’exterminer les impurs. La violence prendrait ainsi une valeur cathartique débouchant sur la purification mise en œuvre à travers l’univers concentrationnaire – d’abord en Russie puis en Allemagne. L’historien adopte les catégories du gnosticisme, notant comment les représentants du totalitarisme se sentaient fils de la lumière engagés dans l’extermination des fils des ténèbres (capitalistes, bourgeois, réactionnaires, juifs – selon l’idéologie). Le totalitarisme aurait été préparé culturellement dès le Moyen Âge avec l’aversion contre les bourgeois (monde dépourvu de toute légitimation traditionnelle) et se serait manifesté concrètement après les destructions de la Première Guerre mondiale. En adoptant une nouvelle perspective, une idée également soutenue par Nolte et d’autres historiens italiens tels que Vittorini, Pellicani pense que, bien que les deux idéologies soient anticapitalistes – et donc contre la “société ouverte” -, les historiens auraient été moins durs avec le communisme pour des raisons purement idéologiques. De nombreux auteurs marxistes, justifiant la différence avec le communisme soviétique, ont en effet vu le nazisme comme la manifestation la plus aboutie du capitalisme. Pellicani, cependant, en se référant par exemple à Zeev Sternhell et en citant à plusieurs reprises Hitler, montre que le dictateur était contre la société ploutocratique occidentale et contre ceux qui croyaient (comme les juifs et les bolcheviks) en une vision matérialiste du monde. C’est précisément la lutte contre le grand capital qui a attiré le nazisme auprès de la petite bourgeoisie et de nombreux ouvriers issus du marxisme. D’ailleurs, plusieurs officiers des SA et des SS étaient également passés par cette idéologie – voir à cet égard Drieu De La Rochelle, Les racines jacobines des totalitarismes. Pellicani va jusqu’à réfuter les thèses de certains historiens comme Daniel Guérin selon lesquelles les grands capitalistes auraient financé le nazisme. En réalité, au moins au début, ils l’auraient fait en peu nombre précisément parce que le nazisme menaçait l’existence même du capitalisme. À l’instar d’Arendt, Pellicani tend également à distinguer le fascisme du nazisme et du communisme. Seuls ces derniers auraient été réellement totalitaires non seulement parce qu’ils imposèrent sur la société un contrôle total, mais parce qu’ils auraient transformé la totalité en éradiquant ce qu’ils considéraient comme le “mal” à travers une purge permanente, c’est-à-dire par l’institutionnalisation de la terreur de masse. Les dictatures comme le fascisme, en revanche, n’auraient pas été totalitaires car, bien qu’aspirant au contrôle total sur la société, elles n’auraient pas pratiqué la terreur cathartique. Grâce à une série de citations, Pellicani démontre que les goulags ont été créés dans le but d’éliminer non seulement la classe bourgeoise, mais aussi celle des koulaks – comme cela s’est ensuite produit à plusieurs reprises. L’historien note comment les ennemis de Lénine n’étaient pas seulement les bourgeois mais aussi les mencheviks, et comment ceux-ci étaient définis comme des insectes, des araignées, des sangsues, des non-humains à anéantir et à torturer de la manière la plus sadique. La thèse qui rapproche Pellicani de Nolte, et qui le pousse peut-être un pas au-delà de l’analyse de l’historien allemand, est donc axée sur trois points : le nazisme et le communisme, à des degrés divers, sont tous deux anticapitalistes et opposés à la société ouverte ; Lénine est le père de la terreur (Staline l’aurait ensuite amplifiée sur la base du testament politique de Lénine) ; Lénine a inspiré Hitler : les camps de concentration russes ont influencé ceux d’Allemagne. En effet, Himmler comprit qu’il existait des méthodes déjà testées pour anéantir rapidement des millions de personnes seulement après avoir étudié les camps de concentration de Lénine. Ainsi, « le génocide de classe » a été conçu, à l’image et à la ressemblance du « génocide racial ». Les intellectuels comme Wistrich ou Levi, pour qui rarement les prisonniers des goulags auraient été « dégradés au niveau de parasites subhumains », pour Pellicani, ignorent la fonction cathartique de l’extermination de classe illustrée emblématiquement par Antonio Gramsci (émule de Lénine) selon lequel la petite et moyenne bourgeoisie serait une « humanité de sicaires » servante du capitalisme qui mériterait d’être expulsée « du champ social, comme on expulse un vol de sauterelles d’un champ semi-détruit, avec le fer et le feu » afin d’alléger l’appareil national de production et d’échange d’un « fardeau plombé qui l’étouffe et l’empêche de fonctionner ». Cette élimination aurait conduit à « purifier l’environnement social » (A. Gramsci, L’Ordine Nuovo). Pour exterminer les koulaks, il suffisait de les définir comme non-humains, il en fut de même en Allemagne avec les Juifs. Ainsi, bien que les deux idéologies partent de présupposés différents, tant les nazis que les communistes ont interné et exterminé des millions de personnes au nom de la purification et d’une nouvelle humanité. Pour cette raison, ils furent les seuls véritables mouvements totalitaires du XXe siècle.

À travers une analyse complexe, Pellicani précise que la modernisation ne signifie pas nécessairement industrialisation et que, paradoxalement, la Russie soviétique a – en partie – poursuivi l’industrialisation, mais loin de constituer une société moderne, a plutôt construit une société antimoderne. En effet, elle a étouffé l’action électorale et la nomocratie ; a bloqué le développement de la société civile en donnant à l’État la gestion de l’économie, a sacralisé le marxisme empêchant la sécularisation et la transformation des sujets en citoyens et a entravé la ratio utilitariste qui a ses racines dans le marché. Elle a copié de l’Occident la culture matérielle tout en refusant les idées nées avec le capitalisme, c’est-à-dire la liberté et l’individualisme. Il ne s’est donc pas agi d’une modernisation de type totalitaire, mais d’une réaction de rejet de la civilisation occidentale.

Après une analyse approfondie menée cette fois sur la base de “A Study of History” de A. J. Toynbee, Pellicani écrit que la société soviétique est née non seulement comme réaction à l’absolutisme tsariste, mais aussi comme réaction des intellectuels à l’ingérence capitaliste. Les révolutions de type soviétique auraient également produit l’effet contraire de celui espéré : la nationalisation des moyens de production au lieu de libérer la société civile du despotisme (interne et externe), aurait généré la “société civile état ique” (Boukharine, Les Voies de la Révolution) entraînant une “restauration asiatique” (Wittfogel, Le Despotisme Oriental) due à la suppression du marché qui aurait à son tour causé l’incapacité de la société civile de s’émanciper de l’État (omnipotent car omnipropriétaire), rendant impossible le début du processus de modernisation et la libération des individus et du peuple. Le despotisme oriental a été ainsi conduit à sa perfection et le totalitarisme soviétique a été une réaction zélée contre la civilisation moderne occidentale fondée sur les droits individuels et la liberté.

Comme mentionné précédemment, Pellicani conteste l’idée soutenue par des éminents chercheurs tels que Marcuse, Guérin et Organski selon laquelle le nazisme serait une version du capitalisme. Il note comment les mêmes intellectuels fascistes (et plus tard de la droite radicale tels qu’Evola) se sont opposés en premier lieu au type bourgeois et au libéralisme. Sans atteindre la nationalisation soviétique, le nazisme a en fait planifié rigoureusement la grande industrie, opérant une révolution basée sur l’idée selon laquelle il fallait procéder à la socialisation des êtres humains sans priver l’homme de la propriété privée. Dans une situation économique catastrophique où les tendances anomiques croissaient et où, comme l’a également constaté Arendt, l’aspiration anticapitaliste cachait le « désir de retrouver ce sens d’appartenance à une communauté forte et prestigieuse », Hitler chercha à mettre en œuvre ce projet et, favorisé par son charisme médianique, fit sien le drame de ses compatriotes se proposant comme « le thérapeute thaumaturgique de leur angoisse ontologique ». En s’appuyant à la fois sur l’anticapitalisme et le nationalisme, il a réussi à se positionner simultanément dans le champ de la révolution et de la contre-révolution, et à recueillir des consensus aussi bien à gauche qu’à droite – où se produisit, entre autres, le phénomène important, cité à la fois par Arendt et Nolte, de la bourgeoisie qui critique le même système bourgeois (et son hypocrisie) en se fondant dans les mouvements antisystème. Ce consensus, comme mentionné, a été favorisé par la crise économique, il suffit de penser qu’en 1929 il y eut une baisse industrielle de 58 % et les chômeurs augmentèrent à plus de six millions.

Cela a donc créé une « énorme masse pyrique prête à prendre feu » et à croire aux paroles d’un leader qui avait prédit l’effondrement du système libéral et qui pouvait maintenant conduire son peuple au salut et à la renaissance. En citant entre autres l’interprétation ésotérique de René Alleau, Pellicani souligne comment le nazisme a fondé une religion dont les initiés étaient les agents de la police secrète et dont le dieu incarné était Adolf Hitler. En se référant implicitement à Arendt, l’historien explique comment ce culte a eu du succès parce que l’homme avait perdu toutes ses certitudes, toutes ses valeurs ou sa foi : c’était l’homme massifié, c’est-à-dire atomisé, aliéné, prêt à accepter le « mythe gnostique du sauveur sauvé » et à rejeter les autres religions du salut. Sur les traces d’Arendt, Pellicani enregistre également l’irrationalité du totalitarisme. Il fut en effet irrationnel de retirer du front de l’Est les moyens de transport (qui y étaient nécessaires) pour organiser l’Holocauste et irrationnel de priver l’Allemagne de la main-d’œuvre juive précisément pendant la guerre. En vertu de cette irrationalité, le totalitarisme doit être considéré comme une foi religieuse. Pellicani conclut en réaffirmant que seul le communisme et le nazisme furent totalitaires car eux seuls (et non le fascisme), animés par une vision gnostique-manichéenne, organisèrent l’univers concentrationnaire où les impurs seraient rel égués puis éliminés. Les impurs qui, pour Lénine (puis pour Staline), étaient les bourgeois, les mencheviks, les socialistes révolutionnaires, les ouvriers corrompus par le capitalisme et pour Hitler principalement les Juifs (incarnation à la fois du bolchevisme et du capitalisme apatride).

En résumé, le travail de Luciano Pellicani dans “Lenin e Hitler, i due volti del totalitarismo” offre une analyse profonde et complexe des similitudes et des différences entre le nazisme et le communisme. Pellicani argumente que, malgré des idéaux apparemment différents, les deux idéologies ont conduit à des horreurs comparables. Il souligne l’importance de la violence et de la terreur dans les régimes totalitaires et examine comment ces systèmes ont cherché à remodeler la société et l’individu selon leurs idéologies respectives. L’analyse s’étend à la manière dont ces régimes ont été perçus et interprétés par les historiens et les intellectuels, soulignant l’impact de l’idéologie sur la compréhension historique. Pellicani fait également la distinction entre le fascisme, le nazisme et le communisme, en se concentrant sur leur nature totalitaire et leur approche de la modernisation et de la transformation sociale.

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